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06 octobre 2015

porte-bagage

Normalement, c’est interdit. C’est risqué près de l’eau. Ce serait dommage de vous casser quelque chose. Normalement, le porte-bagage est fait pour porter des bagages un jour comme ça, où vous devriez rentrer chez votre mère, lui rapporter son courrier, je sais pas, un jour, il vous faudrait revenir des courses un peu chargé, mais le porte-bagage n’est pas calibré pour qu’on y pose des fesses ou un cœur aussi rempli d’oxygène.

Normalement, à cette heure-ci de la nuit, on n’éclate pas de rire sans retenue, le rire ça résonne et les voisins, juste au-dessus du fleuve, ça risquerait de leur faire une drôle d’impression autant d’amour projeté.

Normalement, passé un certain âge, on ne se prête pas à de pareilles courses déjantées, les pavés sont glissants et on peut se blesser.

Il faudrait voir ce qu’en dit la police, mais ce sourire, là, si large, envahissant, bientôt ça leur monterait derrière les oreilles, ça chatouillerait le haut du crâne, ce genre de sourire, vous lui donnez un peu, il vous prend en entier, il vous demander le bras, c’est loin du légal.

En résumé, une femme pédale près du fleuve, il est quatre heures du matin, passées, sur le porte-bagage à l’arrière, un homme a dénoué sa cravate, ses souliers et ses lacets d’estomac.

Ils sont heureux comme ils rient comme on patauge gauchement. Ils chantent parfois pour les mouettes qui siestent pas loin. Si rien de cela n’est autorisé, faut tout changer.

("27 avril 2012" dans "POLAROIDS" par Marie Richeux, Sabine Wespieser Editeur, octobre 2013)

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14 avril 2014

Les fenêtres n'ont pas le même ciel

"La balade en bagnole fut trop brève. C'est vrai, c'est agréable de se laisser conduire comme ça par une femme qu'on aime, même si on ne veut pas, le crâne dans du coton, les yeux plein de sel, le sel des larmes du sommeil quand on bâille, des larmes pleines de buée, de reflets, de lueurs, des lumières qui surveillent le vide, éclairent le calme, le désert des rues, pas une seule voiture à part celle-ci qui nous promène, engourdi bien calé : Moi je ne bouge plus d'ici pensa le crâne de Simon."

"Tout ça avait un certain goût de liberté. Tout ça c'est-à-dire être ailleurs. Dans une autre odeur. A une autre heure. Dans un lieu nouveau qui occupe les yeux. Les fenêtres n'ont pas le même ciel. Le thé la même saveur. Se gaver de croissants au beurre. Se dire ça faisait longtemps. Se sentir content."

"Aucun danger. La mer est là. Elle est toujours là. On peut s'absenter, même très longtemps, on revient, elle est là. Tu m'attendais ? dit-il. Eh bah viens, au lieu de rester là bas tout seule. Imbécile. Tu ne me vois pas ? Pourtant je suis là. Il se retint d'agiter les bras, comme quand il était petit, il criait : Hou-hou, la mer, je suis revenu, je suis là."

("Un soir au club", Christian Gailly)

(merci Elisa)

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30 janvier 2014

Je ne te laisserai pas me faire perdre cette confiance là.

*
Tout est plus beau en ce jour-là
au pied des arbres
en bord de routes
dans les cours d'immeubles
avec les chiens errants
et les planètes ci-dessus.

Le chemin est d'un blanc illuminant.

Un déménagement
puisque la vie le veut
on doit cela au renoncement
et puis l'envie finalement grandit
remettre le pied à l'étrier, marcher au pas
les amis seront là.

Les bourgeons ont éclôt bien tôt.

Je sais où ils sont et je sais où je suis
mais peut-être ne sais-je plus très bien quel trait nous unit
les photographies racontent le souvenir
des histoires des histoires
le sourire qui veut tout dire
du passé au futur bis repetita placent.

La nuit est tombée plus tard.

Niché au creux de cela
ou bien peut-être tissé tout autour
exista et existera
toi pour moi et moi pour toi
mal au crâne ou mal au ventre
il semblerait que peu m'importe.

Je ne te laisserai pas me faire perdre cette confiance là.

(EG)

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07 janvier 2014

Décembre-Janvier

 

Et puis voilà

Décembre-Janvier

Que s'est-il passé ?

Qu'est-ce qui a passé ?

Beaucoup d'amour partagé

dans les formules toutes faites

et dans les non dits aussi

Parce qu'il y a ce qu'on a vécu ensemble

et qui se termine sans se terminer

Il y a ce qu'on sait qu'on vivra encore

en familiarité et en amouritié

mots inventés

pour la beauté des sentiments

ceux là qui vous font grandir

les uns auprès des autres

avec soin

Peu importe les vides

et les creux

peu importe le défilement

du temps

Nos lignes de vies

savent le long desquelles

s'épanouir encore.

 

À toi. À vous.

 

(EG)

 

 

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03 janvier 2014

Berceuse

Si un jour je te perds,
pourras-tu donc dormir
sans qu'au-dessus de toi
- couronne de tilleul -
je m'épande en soupirs ?

Sans que je veille et pose,
pareils à des paupières,
tant de mots sur tes seins,
tes membres et tes lèvres.

Ni sans que je t'enclose
seule avec tes secrets :
jardin plein de mélisse
et d'anis et étoilé ?

(Rainer Maria Rilke)

(merci Xavier)

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Nous sommes tous les jours

Quel jour sommes-nous
Nous sommes tous les jours
Mon amie
Nous sommes toute la vie
Mon amour
Nous nous aimons et nous vivons
Nous vivons et nous nous aimons
Et nous ne savons pas ce que c’est que la vie
Et nous ne savons pas ce que c’est que le jour
Et nous ne savons pas ce que c’est que l’amour.

(Jacques Prévert)

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30 décembre 2013

L'AVENTURE

L'AVENTURE

Prends garde c'est l'instant où se rompent les digues
C'est l'instant échappé aux processions du temps
Où l'on joue une aurore contre une naissance

Bats la campagne
Comme un éclair

Répands tes mains
Sur un visage sans raison
Connais ce qui n'est pas à ton image
Doute de toi
Connais la terre de ton coeur
Que germe le feu qui te brûle

Que fleurisse ton oeil
Lumière.

(Paul Eluard)

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RÊVE

RÊVE

Petit jour
Je rentre

La tour Eiffel est penchée
Les ponts tordus
Tous les signaux crevés

Dans ma maison en ruine
Chez moi
Plus un livre

Je me déshabille.

(Paul Eluard)

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fleurs en bouton

"C'est par la grâce de Dieu que nos champs et nos serres sont remplis de fleurs en bouton qui peuvent être arrangées et échangées par l'acte du don."

(Patti Smith, "La Mer de Corail")

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collectionneur

"Inclinant la tête il sentit quelquechose lui effleurer la joue. C'était un de ses cils, qu'il ôta avec une délicatesse de collectionneur."

(Patti Smith, "La Mer de Corail")

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21 décembre 2013

Si Berlin est rempli de vides...

 

"(...) si Berlin est rempli de vides, encore faut-il savoir à qui ils appartiennent."

"Berlin n'est pas une ville de jardin, c'est un jardin" (Jean Giraudoux, 1930)

"Chose étrange, la récente coupure de la ville est un phénomène récurrent dans son histoire : ville double à l'origine, Berlin fut à plusieurs reprises unifiée puis redivisée par les différents pouvoirs en place, en même temps qu'elle perdait une dimension europpéenne. Ce fut le cas pendant la guerre froide, mais aussi à la fin deu Moyen-Age, lorsque les Hohenzollern redivisèrent la ville qui avait jusqu'alors fièrement tenu sa place dans la langue hanséatique. La structure bicéphale de la ville qui s'est développée à partir du siècle dernier, avec un Est pauvre et industriel et un Ouest résidentiel et bourgeois, n'a fait qu'être accentuée par la division du mur. Marquée par le caractère pionnier de ses origines, et plus récemment par la catastrophe de la guerre, contrsuite-rasée-reconstruite, Berlin cultive une tradition de la non-tradition, de l'expérimentation urbaine, dans laquelle l'identité de la ville est constamment remise en jeu."

(Portrait d'une ville : Berlin. Institut français d'architecture / DATAR. 1992)

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17 décembre 2013

too many

"I felt there were too many images in the world already. I didn't wanted to add any new ones. I thought it was interesting just to look at the ones that we already had."

John Stezaker, artist

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14 décembre 2013

Mes photographies ne sont achevées que lorsqu'elles sont imprimées.

"Quand j'ai commencé à photographier, j'ai vraiment eu le sentiment qu'une photographie était quelque chose qui sortait d'une presse rotative (ces machines très rapides qu'utilisent les quotidiens). C'est pour cette raison que je n'aime pas les expositions organisées à partir de tirages photographiques.

À cette époque, plusieurs personnes m'ont demandé d'exposer mes oeuvres, notamment des fabricants d'appareils photographiques et de pellicules. Mais je n'aimais pas du tout cette idée et je refusais systématiquement. En revanche, montrer mes photographies sur de grands panneaux publicitaires m'aurait intéressé.

Exposer des tirages photographiques n'avait pour moi aucun intérêt. Avec les livres de photographies et les magazines, il n'existe rien au-delà de ce qui est imprimé. Un tirage photographique crée un univers totalement différent de celui que l'on obtient en imprimant une image. Il y a dans cette différence quelque chose qui me fascine. Sur ce point, je n'ai jamais changé d'avis. La photographie prend vie grâce à l'imprimerie.

Mes photographies ne sont achevées que lorsqu'elles sont imprimées. Quand la même image est reproduite dans plusieurs magazines, elle n'est jamais identique ; le procédé peut varier et, par conséquent, la façon dont le photographe est perçu change aussi. Cette transformation m'intéresse beaucoup. Une photographie peut avoir un aspect différent selon le procédé utilisé et le média dans lequel elle est publiée. Elle prend vie de diverses façons."

(Daido Moriyama interviewé dans "Les livres de photographies japonais des années 1960 et 1970" de Ryuichi Kaneko et Ivan Vartanian)

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01 décembre 2013

C'était soit disant le palais du peuple

Des années plus tard, le Palais de la République a été rasé. J'ai photograhié cette absence et demandé aux passants : "Est-ce que c'est mieux ?"

C'était plus beau que ce qu'il y a maintenant, quand même. Une grande entrée avec des fleurs, au mur les oeuvres d'un peintre de la RDA, je ne sais plus comment il s'appelait... De petits restaurants où on mangeait très bien pour pas cher. Au sous-sol, un club pour les jeunes, un grand bar. Et puis un magnifique théâtre, où se jouaient de pièces modernes. La grande salle pouvait accueillir cinq mille personnes, elle servait surtout de salle de congrès, mais ils l'utilisaient aussi comme salle de bal. Un soir, nous y sommes allés avec ma femme, nous en avons gardé un très bon souvenir. C'était très bien fréquenté #

Le Palast der Republik ? C'était soit disant le palais du peuple, mais le peuple en était exclu. Malgré son nom, c'était surtout le palais du Parti. Rien, vraiment absolument rien, de ce bâtiment ne me manque. Seulement je n'ai jamais compris pourquoi il fallait le supprimer. Il était nul sur le plan architectural, il n'avait aucun charme, mais c'était particulier. Je suis contre l'idée que ce lieu puisse être transformé en lieu touristique. Ce n'est d'ailleurs pas un château qu'ils veulent reconstruire, c'est un centre commercial dans un château #

Difficile de décrire le Palast. Je l'aimais. Sans raison. Parce que c'était un souvenir de ma jeunesse, qu'il faisait parti de la vie de tous les jours. Mais je dois dire qu'il ne me manque pas tellement. Une pelouse, c'est moche, mais moins moche qu'un bloc de béton #

Je ne me souviens plus de ce qu'il y avait avant ... Ah ! Le Palast der Republik. Heureusement qu'il n'est plus là. C'était très ... froid. Je suis en paix avec moi-même depuis qu'ils l'ont rasé. En plus je trouve ça bien leur idée de reconstruire la façade de l'ancien château et de ne mettre que du moderne à l'intérieur #

Le Palast, c'était vraiment un symbole de l'époque de la RDA, de son ambiance stérile, mais j'aimais son architecture et son atmosphère. On avait l'impression de vivre à une autre époque. C'était beaucoup mieux que ce lieu désert ! Et maintenant, ils vont nous construire un château dont personne ne veut. On ne peut pas parler de manque, ce n'est pas le terme. Non, il ne me manque pas... Je trouve juste bête de l'avoir rasé. Si on l'avait conservé, il serait devenu un bâtiment comme les autres. Personne ne s'en serait préoccupé. Juste un bâtiment parmi d'autres #

Mieux que quoi ? Que le Palast ? Pas forcément. Le Palast, c'était le souvenir d'un régime politique. Est-ce qu'on le trouvait beau ? C'est une question de point de vue. Mais sur le plan historique, oui, il faisait parti de l'histoire du XXe siècle. Maintenant, j'attends de voir ce qui va sortir de là #

Nous venons de l'Est et nous l'avons bien connu. L'entrée et les escaliers étaient toujours fleuris. Il y avait un petit théâtre et une grande salle modulable pour les concerts. Les installations étaient à la pointe de la technologie. Mais vu que c'était le symbole de la RDA, il fallait obligatoirement que cela disparaisse ! Vous voyez, le centre d'expositions au Funkturm était, pour Berlin-Ouest, l'équivalent de notre Palast ! Eh bien, ça, on le conserve, alors que notre Palast ils l'ont démoli. Mais on gardera nos souvenirs #

S'il me manque ? Pour l'amour de Dieu, pas du tout ! il fallait le raser, le symbole était trop fort. Ce qui n'est plus là est plus vite oublié #

J'étais contre la démolition. Avant que tout ne soit cassé, c'était quand même mieux qu'un chantier désaffecté. J'y avais mes souvenirs d'enfance. Le bâtiment en lui-même était fonctionnel, facile d'accès, central : on se disait "d'accord, on se retrouve samedi à 16 heures au Palast" et tout le monde savait comment y aller #

C'était il y a longtemps, mon Dieu, si longtemps déjà. Pour moi, c'était le souvenir d'une époque. Mais quand c'est fini, c'est fini ... Aujourd'hui, il y a encore des rêveurs qui disent que dans le temps, tout était mieux, mais une fois que c'est fini, c'est fini #

On lui donne plus d'importance aujourd'hui qu'alors. Tout ce que je peux vous dire, c'est qu'il était moche. Vous voyez cette belle cathédrale à côté ? Le Palast jurait avec. C'est vrai qu'à l'époque de la RDA, c'était animé, mais l'ambiance était quand même glaciale. Ça vaut mieux qu'il ne soit plus là et qu'on l'oublie #

Je le trouvais très kitsch. Je comprends qu'ils l'aient rasé pour ne pas obliger les gens à avoir ça sous les yeux. Et maintenant qu'il n'est plus là, je laisserais tout en l'était. Comme ça, au moins, ils ne peuvent pas se tromper #

Je ne le trouvais pas si moche, contrairement à d'autres. Ce qui était beau, c'était que tout ce qu'il y avait autour s'y reflétait. Pourquoi ne pas le reconstruire à l'identique ? #

J'adorais y aller, mais il perdait chaque année un peu de son éclat. À la fin, c'était devenu un endroit comme les autres. Après la chute du mur, il a perdu son âme, ce n'était plus qu'un squelette. C'est d'ailleurs ce que je trouvais intéressant #

Mieux qu'avant ? Non. Je trouve très dommage qu'on l'ait rasé pour des raisons politiques, il faisait partie de l'histoire de la ville. Mais c'est toujours pareil à Berlin : on construit, on démolit, on reconstruit et on redémolit ! Il faut toujours que tout soit nouveau et il n'y a jamais rien qui reste. Cet endroit est très bien comme ça, mais je suis sûr qu'ils vont encore construire quelque chose. Comme toujours #

Le Palast n'était pas beau, c'est certain. On a jamais entendu qui que ce soit s'extasier, s'exclamer : "Aujourd'hui je me suis baladé autour du Palast der Republik et c'est vraiment magnifique !" C'était un peu comme un gros cube gris. Et, de plus, lié à une histoire pas vraiment plaisante. C'était comme un élément mort sur cette belle place. C'est bien de l'avoir supprimé. À condition de ne pas reconstruire autre chose. Et surtout pourquoi un château ? Le vide, ce n'est pas si mal. Mes enfants sont contents de pouvoir jouer sans se  soucier de ce qu'il y avait là. Du coup, ça redevient un lieu où l'on peut se retrouver. Comme avant #

La question de savoir si c'était mieux ou pas ne se pose pas, il fallait le raser c'est tout : il y avait de l'amiante partout.

("Souvenirs de Berlin-Est", Sophie Calle, éditions Actes Sud)

 

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04 septembre 2013

why I then want to remain here

"Recently I have caught myself continually developing the same narrative loop when dealing with the question of why there are so few public institutions for contemporary art in Berlin. Most of the time, I begin a bit awkwardly by trying to make my international colleagues understand that Berlin has actually up to now been not a city of visual art but rather of theater and of film, and that is why there are so many city and state theaters … and the Berlinale. But since this explanation remains unsatisfactory, because Berlin now indeed claims to be an international art city, I try again with a different approach, with the former status of Berlin as an island, which conveyed a certain provinciality for visual art and specific coteries … and stop right away again. I myself can hardly believe that I refer to the 1980s West-reality in order to explain today. There is also one or another loop that I can work into this crisis of clarification, for example, the troublesome fact that so many of those who are Berliners by choice have to work in other cities or abroad in order to bring home the cultural bacon; commuting has destroyed the scene. In the end I will say it as simply as possible, that the city ruined itself with speculation in the 1990s and is still bankrupt. After a while, it also occurs to me that it is the seat of government, and since becoming the capital, has preferred to occupy itself with representative projects, for which all kinds of finances and interests can then be mobilized. When the eyes of those listening become too big, and the question of why I then want to remain here is asked, I slowly become lost for words; since it cannot be because of the cheap rents alone."

Marion von Osten (artist, author, and exhibition  maker, works in Vienna, lives in Berlin)
http://www.berlinbiennale.de/blog/en/allgemein-en/marion-von-osten-4-15483

(merci Xavier)

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12 août 2013

Paroles Paroles Paroles


"(...) et puis je n'ai jamais compris les gens qui, sans se connaitre, trouvent des sujets de conversation. Il faudrait se taire, se regarder en silence, ou bien parler beaucoup parce que cela revient au même."

"En ne venant pas hier, vous m'avez permis aujourd'hui de parler de votre absence. Alors qu'hier je n'avais rien à vous dire. Vous avez installé quelquechose entre nous."

(Atoine Doinel dans "La maman et la putain" de Jean Eustache)

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05 juillet 2013

Y compris invisible

"On cavale, on ne s’avise de rien, on passe, on vient-et-va, on bouscule, on ne s’excuse pas, on désire, on demande plus, on fourmille, on n’est pas vu, certainement pas pris, on ne remarque pas ce et ceux qui nous observent peut-être, on se bat au bord des chemins dans l’indifférence généralisée, on charrie des chagrins ou autres soucis qu’on recouvre le plus discrètement possible de la main, mais on crie aussi, on proteste, on hurle, on dit regarde-moi, admire-moi, bois-moi, moi, moi, moi, on réclame attentions et cajoleries, et si personne ne répond on geint, voire larmoie ou marchande l’empathie or on n’apparaît pas plus important que ce et ceux qu’on néglige. À défaut de prendre le temps de faire le constat du sensible, d’être aux aguets, on opère un tri entre ce qu’y réside et ce qui reste ignoré, et l’on ne s’embarrasse des choses que lorsqu’elles se trouvent soudainement présentes ou pis alors qu’elles obstruent le champ visuel."

Anne-Charlotte Chéron
Extrait de "Y compris invisible (1/2)"
More > http://doha75.wordpress.com/2013/07/05/y-compris-invisible-12/

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20 mai 2013

pour le meilleur

Alabama Monroe

ou The Broken Circle

peu m'importe la poésie du titre.

Les images restent

et aussi la mélodie

dans son entrain et sa justesse,

la cacophonie,

dans sa joie et sa tristesse.

J'ai mal au ventre encore

pas pour l'histoire du film,

mais pour l'histoire de la vie.

Etre prêt pour le meilleur et pour le pire :

cela ne veut rien dire pendant longtemps

et cela prend tout son sens soudainement.

Il y a ce qui peut nous arriver,

mais à cela, nous faisons intelligement en sorte de ne pas penser.

Il y a ce que peut tout simplement Arriver, à ceux-là en dehors de nous,

qui font alors tellement partie de nous

que la fatalité est irrationnelle.

Avancer calmement en armure d'amour.

La méfiance ne servira à rien,

l'inocence de l'enfance fera tout,

coeurs et corps liés

en premier lieu

à tout prix.

 

 

 

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09 mars 2013

Stabat Mater Furiosa - extraits

Ma prière voilà commence ma prière

J’aime que le matin blanc pèse à la vitre et l’on tue ici
J’aime qu’un enfant courant dans l’herbe haute vienne à cogner sa joue à mes paumes et l’on tue ici
J’aime qu’un homme se plaise à mes seins et que sa poitrine soit un bateau qui porte dans la nuit et l’on tue ici
J’aime qu’on bavarde à la porte du boulanger quand il n’y a d’autre souci que le bleu du ciel étendu sous la théorie des nuages et l’on tue ici
J’aime qu’à quelques-uns on s’ennuie paisiblement à observer le vent dormir sur les toits de la ville et l’on tue ici
J’aime qu’on bâtisse une fleur pour la fleur dans le loisir insipide du jardin et l’on tue ici
J’aime que la pierre roule dans la rivière et que cela fasse un bruit de clarinette et l’on tue ici
J’aime que les heures ne soient que le temps qui passe pour faire les heures et l’on tue encore ici encore
Et voilà comment continue ma prière
Êtes-vous là encore êtes-vous là mangeurs d’ombre
Je crache
Je crache sur l’homme de
L’homme de guerre
Je crache sur le guerrier de la prochaine
De la prochaine guerre
Qui joue aujourd’hui avec son ours en peluche les ailes des mouches et
La poudre rouge et bleue des papillons
Je crache sur l’esprit de guerre qui pense et prévoit la douleur
Je crache sur celui qui pétrit la pâte de la guerre
Et embrasse son sommeil quand on cuit la mort au four de la guerre
Je crache sur le ruisseau de sang qui tombe des doigts du vainqueur
Comme un mouchoir par mégarde tombe au caniveau
Je crache sur celui qui fait d’un corps de femme une chair ouverte
Une chair bleue qui était blanche
Couverte de guêpes qui était faite pour le baiser
Déchirée qui était comme une soie pour le soleil
Je crache sur la haine et la nécessité de cracher sur la haine
Homme de guerre je te regarde
Regarde-moi
Je te dis regarde-moi
 
(...)
 
mais je croyais à ce qu'il faut croire
parce qu'il y avait les trois oliviers
la douceur sur la peau des collines
et l'étranger qui demandait mes lèvres
je croyais a la rumeur des jours
à la lenteur des nuits
au tendre divorce des heures
à la nostalgie gentiment amère des soirs je croyais
à l'ombre rousse dans le chemin
au silence dans le rire
à la force bruissante des légendes
au chaud au froid à la faim à la soif au vent au chagrin
à la branche
à l'ennui au parfum à l'orage à ce qui paraît et disparaît
bref à toutes ces petites choses humaines
qui sont humaines et
inutiles bien sûr mais qui ne demandent à l'homme
que d'être à son métier de vivre
sans hausser le ton et sans hausser la garde
 
(...)
 
ma question est ailleurs elle est bien avant le pourquoi
et le comment
je demande ce que c'est
qu'est ce que le flux nerveux qui court des neurones
à l'extrémité du bras
et fait plier l'index sur la gâchette
d'une arme automatique ?
et qu'est ce qui est automatique l'arme ou le geste ?
qu'est ce que cette émotion sèche qui gouverne la main meurtrière ?
qu'est ce que voir réellement l'oeil qui vise ?
qu'est ce que le bruit des viscères qui se rompent dans l'oreille du tueur ?
qu'est ce que le relâchement de l'effort dans les muscles tendus pour tuer ?
qu'est ce que l'idée d'être là pour que l'autre n'y soit plus ?
qu'est ce que la certitude de devoir faire un mort ?
qu'est ce que le sentiment de la chose accomplie ?
qu'est ce que l'énergie surpuissante qu'il faut à l'index quand il enfonce ?
le bouton qui fera le désastre ?
qu'est ce que ce geste du pied qui fait bouger la chose morte
pour vérifier qu'elle st morte ?
et qu'est ce que ce coup gracieux dont on achève l'agonisant ?
 
(...)
 
 
(Jean-Pierre Simeon, "Stabat Mater Furiosa" (extrait). Ed. Les Solitaires intempestifs, 2000)
 
(merci Maud)

 

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29 janvier 2013

Décrire

Il faudrait tout décrire, absolument tout, dans les moindres détails, pour tenter de piéger la réalité avant qu'elle ne disparaisse à nouveau. Mais j'ai beau essayer d'accumuler les détails, de les noter scrupuleusement, ils se dérobent toujours et je découvre brusquement que ce que j'écris ne peut correspondre à la réalité objective. L'imaginaire s'infiltre à travers tous les pores du réel. L'accumulation de détails réalistes ne fait que renforcer le fantastique. (...)

("Décrire" dans "Retour à Berlin" de Jean-Michel Palmier)

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