"La balade en bagnole fut trop brève. C'est vrai, c'est agréable de se laisser conduire comme ça par une femme qu'on aime, même si on ne veut pas, le crâne dans du coton, les yeux plein de sel, le sel des larmes du sommeil quand on bâille, des larmes pleines de buée, de reflets, de lueurs, des lumières qui surveillent le vide, éclairent le calme, le désert des rues, pas une seule voiture à part celle-ci qui nous promène, engourdi bien calé : Moi je ne bouge plus d'ici pensa le crâne de Simon."

"Tout ça avait un certain goût de liberté. Tout ça c'est-à-dire être ailleurs. Dans une autre odeur. A une autre heure. Dans un lieu nouveau qui occupe les yeux. Les fenêtres n'ont pas le même ciel. Le thé la même saveur. Se gaver de croissants au beurre. Se dire ça faisait longtemps. Se sentir content."

"Aucun danger. La mer est là. Elle est toujours là. On peut s'absenter, même très longtemps, on revient, elle est là. Tu m'attendais ? dit-il. Eh bah viens, au lieu de rester là bas tout seule. Imbécile. Tu ne me vois pas ? Pourtant je suis là. Il se retint d'agiter les bras, comme quand il était petit, il criait : Hou-hou, la mer, je suis revenu, je suis là."

("Un soir au club", Christian Gailly)

(merci Elisa)