03 mars 2011

je parlais de moi... et toi de toi

Patricia. Je n'ai plus envie de partir avec toi.

Michel. Oui, je le savais.

Patricia. Je ne sais pas.

Michel. Quand on parlait, je parlais de moi... et toi de toi.

Patricia. Je trouve que je suis idiote.

Michel. Alors que tu aurais dû parler de moi... et moi de toi...

Patricia. Je ne veux pas être amoureuse de toi. J'ai téléphoné à la police pour ça. Je suis restée avec toi parce  que je voulais être sûre que j'étais amoureuse de toi..., que je n'étais pas amoureuse de toi... Et puis je suis méchante avec toi, c'est la preuve que je ne suis  pas amoureuse de toi.

Michel. Redis-le !

Patricia. Et puisque je suis méchante avec toi...

Patricia. C'est la preuve que je ne suis pas amoureuse de toi.

Michel. On dit qu'il n'y a pas d'amour heureux, mais c'est le contraire...

Patricia. Si je t'aimais...

Michel. Tu as pensé à ça.

Patricia? Oh ! ...c'est trop compliqué.

Michel. Au contraire ; il n'y a pas d'amour malheureux.

Patricia. Je veux que les gens s'occupent pas de moi.

Michel. Moi, je ne crois pas à l'indépendance, mais je suis indépendant.

Patricia. Peut-être que tu m'aimes ?

Michel. Toi, tu y crois et tu l'es pas.

Patricia. C'est pour ça que je t'ai dénoncé.

Michel. Je te suis supérieur.

Patricia. Maintenant tu es forcé de partir.

Michel. T'es cinglée... C'est lamentable comme raisonnement.

Patricia. Tu es idiot !

Michel. C'est comme les filles qui couchent avec tout le monde... et ne veulent pas coucher avec le seul type qui les aime sous prétexte qu'elles ont couché avec tout le monde.

Un temps.

Patricia. Pourquoi tu ne parles pas ?

Patricia. J'ai couché avec beaucoup de garçons. Il ne faut pas compter sur moi. ... Mais pars, Michel, qu'est ce que tu attends ?

Michel. Non, je reste; je suis mal fichu... De toutes façon, j'ai envie d'aller en prison.

Patricia. Tu es fou.

Michel. Oui. Personne ne me parlera. Je regarderai les murs.

(Jean-Luc Godard, "A Bout de Souffle")

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20 février 2011

ABDS / extrait 6

Patricia. Tu veux que je mette un soutien-gorge, Michel ?

Michel. As you like it, Baby.

Patricia. Tu aimes mieux  mes yeux, ma bouche, ou mes épaules ?

Patricia. Si tu devais choisir...

Michel. Ta conférence de presse..., c'était de la frime, hein ?

Patricia. Non. C'est tout à l'heure, à Orly.

%ichel. Je suis pas spécialement, beau, mais je suis un grand boxeur. Où tu vas ?... A cette conférence de presse ?

Patricia. Il faut que je passe au bureau d'abord.

Michel. Je t'accompagne.

Patricia. All right !

Patricia. Est-ce que tu as fait la guerre ?

Michel. Oui.

Patricia. Et tu faisais quoi ?

Michel. Je zigouillais les sentinelles.

Patricia. C'est quoi "zigouiller" ?

Michel. Je les couchais comme ça.

Patricia. Oh !... Michel.

Michel. Je suis fatigué. Je vais mourir.

Patricia. Tu es fou.

Michel. Oui, je suis complétement dingue.

Patricia. Qu'est ce que c'est "dingue" ?

Michel. C'est moi.

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ABDS / extrait 5

Michel. J'enlève ton chandail.

Patricia. Pas maintenant, Michel.

Michel. Oh !... Tu es énervante. A quoi ça rime ?

Patricia. Tu connais William Faulkner ?

Michel. Non..., qui est-ce ?... Tu as couché avec lui ?

Patricia. Mais non, mon coco.

Michel. Alors, je me fous de lui... Enlève ton jersey.

Patricia. C'est un romancier que j'aime bien. Tu as lu "Les Palmes Sauvages" ?

Michel. Je te dis que non... Enlève ton chandail.

Patricia. Écoute. La dernière phrase, c'est très beau : "Between grief and nothing, I will take grief." Entre le chagrin et le néant, je choisis le chagrin... Et toi, tu choisirais quoi ?

Michel. Montre tes doigts de pied... C'est très important les doigts de pied chez une femme. Rigole pas.

Patricia. Tu choisirais quoi ?

Michel. Le chagrin, c'est idiot. Je choisis le néant. C'est pas mieux..., mais le chagrin, c'est un compromis. Faut tout ou rien.

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12 février 2011

ABDS / extrait 4

Michel. Toi aussi, dis moi quelque chose de gentil.

Patricia. Mais, moi aussi, je ne sais pas.

Michel. Si tu étais avec un autre type, tu le laisserais te caresser.

Patricia. Tu sais, tu disais que j'avais peur, Michel... C'est vrai : j'ai peur parce que je voudrais que tu m'aimes... et puis je ne sais pas, en même temps je voudrais que tu m'aimes plus... Je suis très indépendante , tu sais !

Michel. Et alors ?... Moi je t'aime et pas comme tu crois.

Patricia. Comment ?

Michel. Pas comme tu crois.

Patricia. Tu ne sais pas ce que je crois.

Michel. Si.

Patricia. Tu ne sais pas à quoi je pense.

Michel. Si.

Patricia. Non. C'est impossible. Je voudrais savoir ce qu'il y a derrière ton visage.

Patricia. Je le regarde depuis dix minutes et je ne sais rien..., rien..., rien. Je ne suis pas triste, mais j'ai peur.

Michel. Gentille et douce Patricia !

Patricia. Oh !... non...

Michel. Donc..., alors cruelle, idiote et sans cœur !

Michel. ... Lamentable, lâche, méprisable !...

Patricia. Oui..., oui.

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10 février 2011

ABDS / extrait 3

Patricia. Michel ?

Michel. Quoi ?

Patricia. Dis moi quelque chose de gentil.

Michel. Quoi ?

Patricia. Je ne sais pas.

Michel. Alors moi non plus.

Patricia. Je l'aime bien ton cendrier.

Michel. C'est une B.M. 6... Mon grand-père avait une Rolls. Formidable comme voiture !... On a jamais soulevé le capot pendant quinze ans.

Patricia. Tu as vu ma nouvelle affiche ?

Michel. Patricia, arrive ici.

Patricia. No.

Michel. Mais si, nom de Dieu, quoi !

Patricia. Ici, ça ne va pas du tout... Où est ce que je peux la mettre ?

Michel. Pourquoi tu m'as donné une claque quand j'ai regardé tes jambes ?

Patricia. Ce n'étaient pas mes jambes !

Michel. C'est exactement pareil.

Patricia. Les français disent toujours que les choses sont pareilles quand elles ne le sont pas du tou.

Michel. J'ai trouvé quelque chose de gentil, Patricia.

Patricia. Quoi ?

Michel. Je voudrais recoucher avec toi parce que tu es belle.

Patricia. Non, je ne suis pas !

Michel. Alors parce que tu es laide !

Patricia. C'est pareil.

Michel. Oui, ma petite fille, c'est pareil.

Patricia. Tu es un menteur, Michel.

Michel. ça serait idiot de mentir. C'est comme au poker, autant dire la vérité. Les autres croient que tu bluffes..., et comme ça tu gagnes. Qu'est ce qu'il y a ?

Patricia. Je vous regarde jusqu'à ce que vous me regardiez plus.

Michel. Moi aussi.

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ABDS / extrait 2

Patricia. (...) Pourquoi tu es venu, ici, Michel ?

Michel. Moi ?... Parce que j'ai envie de recoucher avec toi.

Patricia. Ce n'est pas une raison, je trouve.

Michel. Évidemment si. Ça veut dire que je t'aime.

Patricia. Et moi !... Je ne sais pas encore si je t'aime.

Michel. Tu le sauras quand ?

Patricia. Bientôt.

Michel. Ça  veut dire quoi : bientôt ? ... Dans un mois, dans un an ?

Patricia. Bientôt, ça veut dire bientôt !

Michel. Les femmes ne veulent jamais faire en huit secondes ce qu'elles veulent bien faire huit jour après. Ça revient au même huit secondes... ou huit jours... ou alors pourquoi pas huit siècles ?

Patricia. Non, huit jours, c'est bien !

Michel. Oui, non, ... Les femmes c'est toujours les demi-mesures. Moi, ça me détruit le moral... Pourquoi tu ne veux pas recoucher avec moi ?

Patricia. Parce que je voudrais savoir... Il y a quelque chose chez vous que j'aime, mais je ne sais pas quoi. Je voudrais qu'on soit Roméo et Juliette.

Michel. Oh !... là, là...

Michel. C'est bien des idées de fille, ça !...

Patricia. Tu vois, tu disais hier soir, dans la voiture, que tu ne pouvais pas te passer de moi. Tu peux très bien. Roméo pouvait pas se passer de Juliette, mais toi tu le peux.

Michel. Non, je ne peux pas me passer de toi.

Patricia. Oh !... là, là... ça c'est bien des idées de garçons !

Michel. Souris-moi.

Michel. Bon, je compte jusqu'à 8. Si, à 8, tu ne m'as pas souri, je t'étrangle.

Michel. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7..., 7 1/2..., 7 3/4... Tu es tellement lâche que je parie que tu vas sourire.

(Elle pouffe)

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ABDS / extrait 1

Un temps. Ils marchent en silence face à nous.

Patricia. Vous êtes fâché que j'ai parti sans dire au revoir.

Michel. Non..., mais j'étais furieux parce que j'étais triste.

Michel. C'est agréable..., pas de s'endormir, mais de se réveiller à côté d'une fille.

Patricia. Vous allez rester à Paris ?

Michel. Oui. Faut que je vois un type qui me doit de l'argent... Après il faut que je te vois, toi.

Patricia. Non, il faut pas.

Michel. Pourquoi ?

Patricia. Il y a beaucoup des filles à Paris, plus jolies que moi.

Michel. Non !... C'est drôle !... J'ai couché avec deux filles, depuis qu'on s'est vu. Eh bien..., ça gazait absolument pas.

Patricia. Gazait !... Qu'est-ce que c'est ?

Michel. Elles étaient très jolies, mais ça gazait pas..., ça marchait pas... Je ne sais pas..., c'était triste !... Alors, tu veux venir à Rome ? Moi j'en ai marre de la France.

Patricia. Mais je ne peux pas, Michel. Je dois m'inscrire à la Sorbonne. Autrement, mes parents m'envoieraient plus d'argent.

Michel. Je t'en donnerai.

Patricia. Mais on a passé que trois nuits ensemble.

Michel. Non, cinq !... Pourquoi ne mets-tu jamais de soutien-gorge ?

Patricia. Écoute !... Parle pas comme ça !

Michel. Bon, je m'excuse... Il est quelle heure ?... On se revoit tout à l'heure ?

Patricia. Non..., pas tout à l'heure. Ce soir... oui ?

Michel. Yes..., où ça ?

Patricia. Oh !... ici...

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