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30 décembre 2012

Matter of memory

Our relationship with the city includes thousands of relics connected to memories in our minds, most of which are primarily meaningful on a personal level.

Berlin is a disjointed, juxtaposed and above all heterogeneous city.

Berlin is truly a city of process. A city that is always going somewhere but never arriving and standing on its own in its own right.

Berlin is full of attempted Utopian projects that were intended to forge an identity for the city.

However, for most people today, this heap of failed Utopias IS the identity of Berlin : a comprehensive, unified identity is not what Berlin is about ; heterogeneity is what sets the city apart from other European capitals ; the celebration of differences is the essential, inalienable freedom of this city.

The process of historical relics being absorbed and yet having their shape preserved is by no means unique to Berlin.

Bunkers’s static nature contrasts with Berlin’s otherwise dynamic history – hence, the discrepancy between a relic’s life and the speed of history becomes more obvious in these rigid relics which cannot be destroyed or manipulated beyond their original intention. The bunkers’ context is manipulated to either accelerate or decelerate time while the object remains fixed and intact. The city of Berlin bends aoround the bunkers as it attempts to (re)write its history.

Berlin in the process of writing its continuous history is a fascinating place. Time speeds up and slows down alternatingly in different locations across the city.

It is exhilarating to be here in Berlin during the process. At the moment, everything is in flux, especially history and time, creating a dynamic city changing its future throught cosmetic alterations of its past.

It is a fantastically fascinating and unique experience to wander around the city and feel time alternatingly speed up or slow down.

History, in Berlin more than many other places, is very, very subjective. The city of Berlin is realigning itself with its history, and at the same time realigning its history through the city.

The history of Berlin is a history of conflicting systems attempting to realise their Utopian visions in an urban setting. The city has been a laboratory of built ideologies, each one treating their subjects like a Tabula Rasa.

The conflicting systems have all left their imprint on Berlin, and while many habe been forgotten, converted or destroyed, countless others remain today. Some are incorporated in the urban fabric, while others have become useless and obsolete.

One aspect of particular interest is the significance of the physical void left behind by the Berlin Wall. (death strip)

The cultural capital Berlin has evolved into since the end of the Cold War would be unthinkable without the voids ; this is where nightclubs, art-installations, concerts and flea markets thrived to make Berlin what it is today. These spaces can be used for anything or for nothing. Experimental culture can burgeon and evolve. For all intents and purposes, these ‘unprogrammed’ spaces are the cornerstones of cultural innovation in this city.

The voids give Berlin a distinctive spatial character and create unique opportunities in regard to public space. The voids are free spaces, to be used or inhabited in different ways as long as they are a temporary nature.

Berlin will never be as picturesque as other German cities, but it can offer a unique urban landscape of spatial opportunities unrivalled by any other European city.

Berlin is a city with a lot of variation in its built environment. It is by no means one of Europe’s more beautiful cities, but can’t best be described as a city with endless variation in its architectural heritage.

The (a)mending of history creates a city with a dynamic concept of time, alternatingly accelerating and decelarating and sometimes even shifting from linear to cyclical in an effort to rearrange the city’s past.

As of yet, it is unclear when – or if – time will return to its normal linear pace or wether the city will spiral deeper into chronological chaos.

Berlin as a city has never stopped moving.

This image of a manufactured history is mirrored by an image created by a number of relics from the 20th century ; relics that continue to tell the history of Berlin as discontinuous process, a history of opposing sysytems and revolution ather than evolution.

Berlin is a city of failed utopias, each piled on the top of the last, with people living in between.

Berlin’s history read through its relics and voids provides a more acurate history and image of contemporary Berlin than its monuments ever could.

(Extracts from "Berlin- matter of memory" by Fredrik Torisson)

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29 décembre 2012

Il y a

Il y a

l'envie

la patience

la réalisation

l'excitation

le départ

l'émotion

le tourbillon

le quotidien

le simple et le compliqué

l'apprentissage

les parenthèses

les flous

les questions

les non réponses

la course mise de côté

le bonheur

le souhait de ne plus bouger

la nécessité de laisser couler

il y a

la douceur du courant

le temps

Il n'y a plus que ça

quelques petits pas

2013 est là


(EG)

29 décembre 2012

C'est tout.

"Jadis, les arbres étaient des gens comme nous mais plus solides, plus heureux, plus amoureux peut-être, plus sages. C'est tout."

(Jacques Prévert)

(merci Marie)

26 novembre 2012

Le Premier Arbre

C'était lors de mon premier arbre,
J'avais beau le sentir en moi
Il me surprit par tant de branches,
Il était arbre mille fois.
Moi qui suis tout ce que je forme
Je ne me savais pas feuillu,
Voilà que je donnais de l'ombre
Et j'avais des oiseaux dessus.
Je cachais ma sève divine
Dans ce fût qui montant au ciel
Mais j'étais pris par la racine
Comme à un piège naturel.
C'était lors de mon premier arbre,
L'homme s'assit sous le feuillage
Si tendre d'être si nouveau.
Etait-ce un chêne ou bien un orme
C'est loin et je ne sais pas trop
Mais je sais bien qu'il plut à l'homme
Qui s'endormit les yeux en joie
Pour y rêver d'un petit bois.
Alors au sortir de son somme
D'un coup je fis une forêt
De grands arbres nés centenaires
Et trois cents cerfs la parcouraient
Avec leurs biches déjà mères.
Ils croyaient depuis très longtemps
L'habiter et la reconnaître
Les six-cors et leurs bramements
Non loin de faons encore à naître.
Ils avaient, à peine jaillis,
Plus qu'il ne fallait d'espérance
Ils étaient lourds de souvenirs
Qui dans les miens prenaient naissance.
D'un coup je fis chênes, sapins,
Beaucoup d'écureuils pour les cimes,
L'enfant qui cherche son chemin
Et le bûcheron qui l'indique,
Je cachai de mon mieux le ciel
Pour ses distances malaisées
Mais je le redonnai pour tel
Dans les oiseaux et la rosée.

Le Premier Arbre, JULES SUPERVIELLE
(Merci Marie)
17 novembre 2012

Die Weisse Tage

Page blanche

ou ciel bouché

un peu des deux

trop ou pas assez de champs libéré(s)

reste à acquérir ce qui n'est pas acquis

accueillir le silence

quelques instants de pause

encore ouvrir les petites boîtes

de souvenirs anciens

de sensations nouvelles

et remboiter le pas

auprès de

à mes côtés

ni trop ni pas assez

près.

Prêts ?

 

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16 octobre 2012

le bonheur détaillé

Je te vois, rose, livre entrebâillé,
qui contient tant de pages
de bonheur détaillé
qu'on ne lira jamais. Livre-mage,

qui s'ouvre au vent et qui peut être lu
les yeux fermés ...,
dont les papillons sortent confus
d'avoir eu les mêmes idées.

(Rainer Maria Rilke, recueil "Les roses")

 

16 octobre 2012

nos pay-s-ages

nos paysages

nos pays sages

nos pays sans âges

 

comment dire ce qui ne se dit pas

ce qui se vit un point c'est tout

ce qui se dessine au-devant de nous

ce qui est là par dessus tout

 

être avec soi

et avec l'autre

et avec leS autreS

tout à la fois

 

on n'aurait pas dit que cela était facile

il semblerait que cela soit bien plus que ça

 

je ne sais plus comment savoir

ce qui était ou serait sans

 

cela n'a pas d'images

du tout

et surtout

ne voudra jamais en avoir

en moi

 

Je suis et serai là

 

Je m'arrête là.

 

(EG)

 

 

11 octobre 2012

(avec un petit pincement au coeur, parce qu'on a le droit)

et si je ne dormais pas ?

et si au lieu de m'offrir à mes rêves

je me goinfrais de mes souvenirs ?

ils m'empliraient de nostalgie

il y a des jours comme ça, on se l'avoue

je les cherche, je les assume, je les archive

avec un petit pincement au coeur,

parce qu'on a le droit

là bas derrière

et puis devant

tout en même temps

alors que je grille encore des feux rouges

Richtung je ne sais quoi

je me tourne vers les accidents passés

et comtemple leur beauté

A, B, C

avancer

.

(EG)

 

11 octobre 2012

BALISES. Bientôt. Merci Piano Nobile et Mademoiselle Vuille.

Poser ses valises.

 

cela est arrivé

cela arrivera

encore

 

nos vies jalonnées

ici et là

de ci et ça

 

cheminer

suivant

évitant

cherchant

improvisant

 

voilà ce qui nous attend

 

c’est parfois avant

surtout après

que les points d’ancrage apparaissent

surgissent dans nos paysages intimes

 

traçant ce qui nous bâtit

ce qui nous relie

emmêlant nos envies

encerclant nos ennemis

 

s’adonner

sans s’habituer

à former

en chaque instant

les vides et les pleins

de nos espaces temps

 

(EG)

8 septembre 2012

Ma grand-mère

Ma grand-mère a quelque chose, que les autres femmes n'ont pas
Ma grand-mère est une rose, d'un rose qui n'existe pas
Du moins à ma connaissance, je ne vois pas,
S'immiscer l'ombre d'une chance ici-bas.

Mes plus lointains souvenirs, remontent jusque dans ses bras
Je n'ai jamais vraiment compris pourquoi elle seule était comme ça.

Lorsqu'elle me parle du passé, je vois son regard s'éclairer
Elle ne parle que des bons moments, fait main basse sur les mauvais
C'est malheureux mais quand j'y pense, je ne peux pas,
Imaginer un jour la France, sans qu'elle soit là.

Mes plus lointains souvenirs, remontent jusque dans ses bras
Je n'ai jamais vraiment compris pourquoi elle seule était comme ça.

("Ma grand-mère", Mickey 3D)

8 septembre 2012

Ich möchte

J'aimerais que l'aube me tienne compagnie

J'aimerais avoir déjà dormi

J'aimerais marcher dans la ville

J'aimerais ramasser les débris

J'aimerais estimer le chemin accompli

(EG)

29 août 2012

L'aile du cygne

"La petite sentit soudain dans sa poirtine la présence de cette boule extrêmement dure qui semble toujours être sur le point de se transformer en eau. On la jugule tant qu'il y a des gens autour qui pourraient voir. On camoufle la transformation jusqu'à ce qu'on soit tout seul et que personne ne puisse être témoin de la descente aveugle tout au fond de soi, de cette sorte d'aliénation à soi-même et aux autres. On écoute et on épie en même temps. C'est pourquoi la petite resta silencieuse durant tout le trajet, emmagasinant ce qu'elle digérerait plus tard et évacuerait par les larmes quand elle serait seule."

"Lorsque la petite s'éveilla, la lumière ne donnait aucune indication de l'heure qu'il pouvait être. Ce n'était ni le matin, ni le soir, ni le milieu du jour. Et elle n'avait aucune idée de la dimension temporelle dans laquelle elle se trouvait, ne sachant si c'était le présent, le jour passé ou actuel ou quelque autre tranche du temps qui lui était inconnue. La clarté lui était étrangère, venue d'un monde différent de celui auquel elle s'était habituée."

"La petite s'éveilla pour de bon, mais les lambeaux de rêve qui traînaient encore dans son esprit s'enroulèrent autour d'elle, l'attirèrent et l'enfouirent dans les plis d'une étoffe grise et moelleuse."


"La douceur des jours grignota peu à peu l'été avec une tendre mélancolie, et le soleil abolit le temps."


"Au-devant d'eux, et juste au-dessus de la route, un petit nuage gris et bas, gonflé de pluie les attendait et, lorsque les restes de la compagnie passèrent dessous, il déversa une trombe d'eau qui les auraient tous trempé comme des soupes, s'ils ne s'étaient piqués au jeu et n'avaient lancé les chevaux au grand galop pour échapper à la douche. Le déluge tomba principalement sur la route, et lorsque les gens se retournèrent, il n'y avait plus de nuage, mais on voyait la forme qu'il avait eue d'après les contours de la tache mouillée qui s'étalait au sol."


("L'aile du cygne", Gudbergur Bergsson)

 

29 août 2012

Deux #3

C'est

une succession

d'heures

de jours

et de nuits.

Sensations

d'hier

de "il était une fois..."

et d'aujourd'hui.

Lorsque

tout est si plein

dans le vide

aussi.

Je veux encore

tant de fois

me réveiller

auprès de toi.

 

(EG)

 

29 juillet 2012

Deux #2

 

C'est l'histoire d'un tsunami.

Une balance de bonjour

et d'au-revoir.

Un bouquet

de beaux jours

et de tout ce qui s'ensuit.

Un équilibre

à aiguiller.

Au troisième top,

il sera 8h, exactement.

En cadence...

 

(EG)

25 juillet 2012

L'intimité et l'amitié

" (...) notre désaccord, en revanche, était fondamental et indépendant des circonstances ; c'était le désaccord entre ceux pour qui la lutte politique est supérieure à la vie concrète, à l'art, à la pensée, et ceux pour qui le sens de la politique est d'être au service de la vie concrète, de l'art, de la pensée. Ces deux attitudes sont, peut être, l'une et l'autre légitimes, mais l'une avec l'autre irréconciliables"

(Milan Kundera, "Une rencontre", chap VI. Ailleurs, extrait)

24 juillet 2012

Pina was so beautiful to watch when she was watching us

 

Paroles de danseurs
Tanztheater Wuppertal, Pina Bausch 

"Meeting Pina was like finding a language, finally. Before I didn’t know how to talk. And then she suddenly gave me a way to express myself, a vocabulary. When I began, I was pretty shy – I still am – and after many months of rehearsing she called me and said: "You just have to get crazier!" And that was the only comment in almost 20 years."
Ruth Amarante

"Kazuo Ohno passed away as well, not long ago. I often see the two of them up there, Pina and him, how they’re both dancing and jumping from one cloud to the other."
Jean-Laurent Sasportes

"Pina had the most penetrating eyes in the world. I’ve never encountered anyone else who could look at me and see through me like she did! Everything that I always tried to project simply vanished under her gaze. Instead, she saw something inside of me that frightened me, as I didn’t know it yet…"
Michael Strecker

"How often did I dance Café Müller with Pina! How often did I see her hair, her back, her arms. Howoften did I sense her, with my closed eyes, knowing that she could feel us all. Even with her closed eyes she saw everything!"
Aida Vainieri

"Qui était Pina?! Un mélange de fragilité et aussi d’une force incroyable! Qui avait la capacité infinie d’écouter et de regarder, mais aussi d’aller au-delà de ses limites. Mais surtout, je ne sais pas pourquoi, j’ai cette image d’une maison avec un grand grenier, et plein de choses dedans."
Dominique Mercy

"On dansait tout le temps, on riait tout le temps, on était tout le temps ensemble, jusqu’à quatre heure du matin, parler, essayer de trouver quelque chose pour le lendemain. Mais ça, c’est tout dans le début de la compagnie. Se retrouver au Bahnhof à Barmen, le matin, avec un café, Brötchen, et on parlait de ce qu’on allait faire dans la journée. "I’m working with angels. You are an angel! You are beautiful…" Tu as toujours l’impression que tu es plus qu’un être humain quand tu travailles avec Pina."
Malou Airaudo

"After a disastrous rehearsal of Iphigenie, Pina didn’t say a word tome during the critique. Then she came into my dressing room before the performance and said, as always: "Lützchen, be beautiful!" And I answered, as always: "Pinchen, enjoy." She left, turned in the door, and said: "And don’t forget: You have to scare me." Then my head started spinning… That was muchmore to the point than three hours of conversation could have been."
Lutz Förster

"Pina was so beautiful to watch when she was watching us. In the rehearsals I often used to look over to see her sitting behind that desk and watching us every day, living every moment with her dancers, sometimes like a little child, full of all of the feelings that we were having. I often thought: Pina sat behind that table and actually watched me for 22 years… And that was even longer than my parents saw me!"
Julie Shanahan

"What is honesty? What is our responsibility, even when we dance? Pina taught us to stand up for what we do, for every gesture, every step, everymove."
Aleš Cucek

"Pina always wanted to bring out the best in all her dancers. One time she said to me: "You are the most fragile. That is also your strength!" "
Nayoung Kim

"For Vollmond Pina asked us a question: a movement that was related to "joy", or to "the pleasure of moving". The question really inspired me… I suggested a movement to Pina, and from it she developed an entire scene for the piece."
Fernando Suels Mendoza

"I was always in the corner… Or behind someone’s back, when she was doing corrections, perhaps because I simply respected her so much. Once she caught me and asked me in a sad voice: "Ditta, why are you so afraid of me? I didn’t do anything!" Actually she was right.And gradually I lost my shyness."
Ditta Miranda Jasjfi

"The way Pina worked allowed all of us to be sad, furious, or to cry, or to laugh or to shout, we could bring out all our colors, our textures, our qualities… It was as if Pina was hidden in each and every one of us, or the other way around, as if we were all a part of her…"
Julie Anne Stanzak

"She sometimes said things like: "You need to keep searching!" But that was all she said… And that meant you… needed to keep searching, without knowing exactly where to look, and without knowing if you were even on the right path."
Silvia Farias Heredia

"In the beginning, when I was new in Wuppertal and confused about a few things, she simply said: "Dance for love!" "
Pablo Aran Gimeno

"All her pieces were about love and pain and beauty and sorrow and loneliness… When I had this love affair with the hippopotamus – I was about 28, when I did that piece –, I even identified her with this big, sweet hippo monster. I was trying to understand her, figure out why she had to keep working and working and working…"
Josephine Ann Endicott

"The elements were very important to Pina. Whether it was sand, earth, stone, water… At some point icebergs and rocks suddenly appeared on stage. When you dance among them, they offer resistance, you either have to go against them, or through them, or over them…"
Rainer Behr

"Pina was a radical explorer, she looked deep into our souls. There was one particular subject
she kept asking us about: What are we longing for? Where does all this yearning come from?"
Barbara Kaufmann

 

(extraits de "Pina, The Film and the Dancers" par Donata & Wim Wenders, Schirmel/Mosel 2012)

 

23 juillet 2012

Deux #1

C'est l'histoire d'une colonie de vacances

dont on ne rentre pas ;

un séjour non annualisé

à durée indéterminée.

Laissez passer,

par ici s'il vous plaît.

Au Menu voici

une glace pour chaque étoile

de cette galaxie

et direction la suivante

quand celle ci sera finie.

 

(EG)

 

23 mai 2012

et l'horizon qui en découle

Chaque jour,

en-jam-ber l'eau qui coule,

franchir un pont,

traverser un fleuve

- ou son affluent.

 

Der Fluss, der in meine Stadt fliesst heisst Spree.

Der Kanal ist um fünf Minuten zu Fuss meines Bettes.

 

Bonheur de tourner la tête,

instinctivement,

90°,

d'interrompre ma ligne de fuite,

de croiser du regard une autre ligne qui file

et l'horizon qui en découle.

 

Si dans la ville,

l'horizon a ses limites,

cela rend la perspective

"d'aller voir ailleurs si j'y suis"

encore plus belle.

 

Bonheur de constater

que le mouvement est permanent,

de décider d'aller à contre courant

ou de suivre le torrent.

 

Bonheur de vérifier

que tout va toujours loin,

par là-

bas

et peut être bien plus loin

encore.


Who knows?

 

Traverser.

Traversée.

 

Jeden Tag.

 

(EG)

20 mai 2012

Notre parole

"Parler n'est pas échanger des choses, communiquer des mots, sonnants et trébuchants, parler n'est pas un échange marchand, un marchandage de mots vendus, de vérités à vendre ; parler est une renaissance à deux et un don. La parole se donne, ne s'échange pas. Il y a dans la parole humaine comme une danse et quelque chose qui s'offre, et comme le don de parler qui se transmet, la transmission du don de parler que nous avons reçu. Celui qui nous parle vraiment, peut être qu'il nous informe un peu sur lui et sur le monde, mais il y a surtout, au centre invisible de sa parole, l'étonnement d'avoir des mots. Dans toute vraie parole il y a quelque chose qui s'offre, en muet, et qui est comme le mystère même de parler. Les hommes parlent à l'interrogatif, ils se donnent leurs questions : il n'y a que les machines qui s'informent et qui communiquent parfaitement. Toute vraie parole garde toujours quelque chose de caché. Toute la vérité dite est toujours un mensonge : le message d'une machine aux machines. Quoi  que tu dises, si tu ne veux pas parler en mécanique, tu dois toujours garder dans ta parole quelque chose de tu. Comme si le vrai nom des choses ne devait pas être prononcé."

...

"Où est la mort ? Est-elle notre futur et tout ce qui nous attend ? Tout notre temps y va t-il tout droit, comme nous l'enseigne cet idiot décompte de temps, ce totem de néant dressé à Paris devant le centre Georges-Pompidou et qui nous égrène le chiffre des stupides secondes qui nous séparent de l'an 2000 ? La mort est-elle notre issue comme on dit et comme nous l'enseignent les philosophies petites ? Non non : contrairement à ce qu'on vous a toujours dit, la mort ne vous arrivera pas. La mort n'arrive jamais à personne. Personne ne meurt. Mais la mort est en nous, de notre vivant : nous la rencontrons tous les jours, elle est à combattre à chaque instant - et non un jour, plus tard, à l'hôpital, dans une lutte fatale perdue d'avance.. La mort n'arrive jamais plus tard : elle est ici et maintenant, dans les parties mortes de notre vie. Je suis comme vous, je ne mourrai pas : j'aurai passé dans la mort une partie de ma vie."

...

"Quand nous parlons, il y a dans notre parole un exil, une séparation d'avec nous-mêmes, une faille d'obscurité, une lumière, une autre présence et quelque chose qui nous sépare de nous. Parler est une scission de soi, un don, un départ. La parole part du moi en ce sens qu'elle le quitte. Il y a en nous, très au fond, la conscience d'une présence autre, d'un autre que nous même, accueilli et manquant, dont nous avons la garde secrète, dont nous gardons le manque et la marque."

(extraits, "Notre parole", Valère Novarina)

20 mai 2012

Lettre aux acteurs

...

"C'est l'acteur qui va tout révolver. Parce que c'est toujours dans le plus empêché que ça pousse. Et ce qu'il pousse, qui va le pousser, c'est d'la langue qu'on va revoir enfin sortir par l'orifice. L'acteur il a son orifice pour centre, il le sait. Il peut pas encore le dire, parce que la parole aujourd'hui, dans le théâtre, n'est donnée qu'aux metteurs en scène et aux journalistes et que le public est poliment prié d'laisser son corps accroché dans l'vestiaire, et l'acteur, bien dressé, prié gentiment de pas tout foutre la mise en scène en bas, de pas troubler le chic déroulement du repas, l'échange joli des sognes de connivence entre le metteur et les journaux (on s'envoie des signaux de culture réciproque).

Le metteur en chef, il vaut que l'acteur se gratte comme lui, imite son corps. Ca donne le "jeu d'ensemble", le "style de la compagnie" ; c'est à dire que tout le monde cherche à imiter le seul corps qui se montre pas. Les journalistes raffolent de ça : voir partout le portrait-robot du metteur en scène qui ose pas sortir. Alors que je veux voir chaque corps me montrer la maladie singulière qui va l'emporter."

...

"Faudra un jour qu'un acteur livre son corps vivant à la médecine, qu'on ouvre, qu'on sache enfin ce qui se passe dedans, quand ça joue. Parce que l'acteur joue avec un autre corps que le sien. Avec un corps qui fonctionne dans l'autre sens. Du corps nouveau entre en jeu, dans la dépense du jeu. Un corps nouveau ? Ou une autre économie du même ? On ne sait pas encore. Faudrait ouvrir. Quand ça joue.

Le corps en jeu n'est pas un corps qui exagère (ses gestes, ses mimiques), l'acteur n'est pas un "comédien", pas un agité. Le jeu, c'est pas une agitation en plus des muscles sous la peau, une gesticulation de surface, une triple activité des parties visibles et expressives du corps (amplifier les grimaces, rouler des yeux, parler plus haut et plus rythmé), jouer c'est pas émettre plus de signaux ; jouer c'est avoir sous l'enveloppe de peau, l'pancréas, la rate, le vagin, le foie, le rein et les boyaux, tous les circuits, tous les tuyaux, les chairs battantes sous la peau, tout le corps anatomique, tout le corps sans nom, tout le corps caché, tout le corps sanglant, invisible, irrigué, réclamant, qui bouge dessous, s'ranime, qui parle."

...

(extraits, "Lettre aux acteurs", Valère Novarina)

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