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20 février 2011

Est-ce ma moitié ?

Je n'avais pas de vrai amour pour qui que ce soit. Je cherchais un amour impossible, mon père m'avait raconté le mythe de la boule de Platon : "Au départ , l'homme et la femme ne faisaient qu'un jusqu'au jour où la boule originelle a été scindée en deux. Chacun sur cette terre va chercher sa moitié dont il a été amputé." Je regardais chaque garçon dans les yeux en me demandant : Est-ce ma moitié ? Mais je n'ai jamais senti chez quiconque cet appel des origines. Tomber amoureux n'était pas facile, il fallait tenir compte tout d'abord de la proximité. Beyrouth était tellement démantelé, brisé en une infinité d'îlots et d'univers qu'une fille avait intérêt à avoir un amoureux habitant la même rue et de préférence le même immeuble, sinon son amour serait impossible. Comme je n'avais pas de mec à moi, je traînais avec les voyous, à la sortie de l'école, je retrouvais les ados réunis en bas de l'immeuble, ils parlaient moto, musique, amour, mais jamais de la guerre ni de la politique, ni de religion, comme si on cherchait à oublier la guerre.

(Darina Al-Joundi & Mohamed Kacimi, "Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter")

(merci Manuel B)

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20 février 2011

ABDS / extrait 6

Patricia. Tu veux que je mette un soutien-gorge, Michel ?

Michel. As you like it, Baby.

Patricia. Tu aimes mieux  mes yeux, ma bouche, ou mes épaules ?

Patricia. Si tu devais choisir...

Michel. Ta conférence de presse..., c'était de la frime, hein ?

Patricia. Non. C'est tout à l'heure, à Orly.

%ichel. Je suis pas spécialement, beau, mais je suis un grand boxeur. Où tu vas ?... A cette conférence de presse ?

Patricia. Il faut que je passe au bureau d'abord.

Michel. Je t'accompagne.

Patricia. All right !

Patricia. Est-ce que tu as fait la guerre ?

Michel. Oui.

Patricia. Et tu faisais quoi ?

Michel. Je zigouillais les sentinelles.

Patricia. C'est quoi "zigouiller" ?

Michel. Je les couchais comme ça.

Patricia. Oh !... Michel.

Michel. Je suis fatigué. Je vais mourir.

Patricia. Tu es fou.

Michel. Oui, je suis complétement dingue.

Patricia. Qu'est ce que c'est "dingue" ?

Michel. C'est moi.

20 février 2011

ABDS / extrait 5

Michel. J'enlève ton chandail.

Patricia. Pas maintenant, Michel.

Michel. Oh !... Tu es énervante. A quoi ça rime ?

Patricia. Tu connais William Faulkner ?

Michel. Non..., qui est-ce ?... Tu as couché avec lui ?

Patricia. Mais non, mon coco.

Michel. Alors, je me fous de lui... Enlève ton jersey.

Patricia. C'est un romancier que j'aime bien. Tu as lu "Les Palmes Sauvages" ?

Michel. Je te dis que non... Enlève ton chandail.

Patricia. Écoute. La dernière phrase, c'est très beau : "Between grief and nothing, I will take grief." Entre le chagrin et le néant, je choisis le chagrin... Et toi, tu choisirais quoi ?

Michel. Montre tes doigts de pied... C'est très important les doigts de pied chez une femme. Rigole pas.

Patricia. Tu choisirais quoi ?

Michel. Le chagrin, c'est idiot. Je choisis le néant. C'est pas mieux..., mais le chagrin, c'est un compromis. Faut tout ou rien.

19 février 2011

Petite terre

Petite terre. Quelques heures suffisent pour la sillonner, pour toucher ses frontières, les mots pour la décrire devraient tenir dans une coupe. Mais la phrase qui allait naître, s'inscrit dans le vent, balayée, gommée aussitôt. Ou bien d'autres s'empilent, l'enfouissent, sous une pluie de contradictions.

(...)

Peu à peu, l'obstacle aiguise l'appétit. L'insaisissable n'a aucune raison de décourager, il tient de la vie même. Abordons ce pays sans écarter la fascinante déraison, ni l'entendement du cœur ; sans fermer "l'œil passionné" fait pour ces terres instinctives et chaudes.

(...)

Devenez une immense oreille, penchez-vous aux feneêtres du coeur. Le Liban est un de ces lieux privilégiés qui ne vous laissent pas "à sec". "Imagination morte, imaginez", ordonne Beckett. Tout ici accule à l'invention, fait appel à nos mondes enfouis, à nos soifs "d'ailleurs". Tous nos passés s'y frayent un chemin, tous nos lendemains s'y cherchent. On pressent l'Asie, on reconnait l'Europe, on écoute la pulsation de l'Afrique, on s'émeut des mains ouvertes de l'Orient.

(Andrée Chedid, "Liban", 1969)

19 février 2011

Je murmure à l'oreille de mon père

Mon père est mort le jour où il a compris qu'il n'avait plus d'histoires à me raconter. Je suis devant sa dépouille. Il est nu, au milieu de la grande pièce, recouvert d'un simple linceul blanc. Allongé sur le dos, il a les mains croisées sur le sexe. Je le regarde, il a l'air tellement serein. C'est la première fois de ma vie où je le sens en paix. Je ne regrette pas sa mort. Je savais depuis longtemps qu'il allait mourir parce qu'il m'avait tout dit. De la fenêtre ouverte, je vois les maisons de mon village, Arnoun, qu'on appelait château de Beaufort. Les maisons bombardées fument encore. L'armée israélienne vient juste d'évacuer le Sud-Liban après vingt ans d'occupation. Je vois les collines alentour, elles sont noires de monde. Les gens sont venus de Tyr, de Sidon, de Damas, d'Alep, de Beyrouth, d'Aman assister aux funérailles de mon père. Je lui caresse le visage, il a une peau de bébé, même pas froide. C'est le mois de janvier. Il pleut, je sens l'odeur de la pluie monter de la terre rouge du Sud-Liban. Ke vois, au loin, les plaines de la Galilée. Je vois, là-haut, la neige qui tombe lentement sur les sommets du Mont Hermon. Le porte de la chambre s'ouvre, des femmes en noir surgissent. Elles pleurent, elles gémissent. Elles se jettent sur mon père. Elles lui embrassent le visage. Elles lui embrassent les pieds avec une avidité ! Je murmure à l'oreille de mon père : "Salopard, tu n'en rates pas une".

(Darina Al-Joundi & Mohamed Kacimi, "Le Jour où Nina Simone a cessé de chanter")

(merci Manuel B)

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19 février 2011

A propos de "Incendies" (le film)

Ça commence avec un morceau de Radiohead.
Ça vous prends déjà aux tripes.

Le cœur en ressort doublement retourné.

Des vies décortiquées.
Des émotions partagées.
Des images comparées.

S'approprier.

Alors que l'on a rien vécu.
Alors que l'on a rien vu.

Ça doit être ça l'Humanité.

S'identifier.

Même aux plus grandes peurs.
Même aux plus grandes douleurs.

A l'Histoire.
Aux histoires.

A quoi bon ?

Pour créer des fortifications.

Orientant nos vies.
Ménageant nos envies.

Ceinturant nos émotions.

Peut-être bien que oui.
Peut-être bien que non.

(EG)

(merci Wajdi Mouawad)

17 février 2011

Le menuet

Matins brillants.
Jours où je veux tellement que je ne veux rien.
Cette vie seulement, sans plus. Pourtant,
j'espère que personne ne viendra.
Mais si cela est le cas, j'espère que c'est elle.
Celle avec les petites étoiles en diamant
à la pointe de ses pointes.
La fille que j'avais vu danser un menuet.
Cette antique danse.
Le menuet. Elle dansait ça
comme il fallait le danser.
Et comme elle l'entendait.

(Raymond Carver, "La vitesse foudroyante du passé")

(merci Julie H)

17 février 2011

Un après-midi

En écrivant, sans regarder la mer,
il sent que la pointe de son stylo commence à sombrer.
La marée descendante découvre les galets.
Mais ce n'est pas ça. Non,
c'est parce qu'à ce moment là elle choisit
d'entrer dans la chambre sans le moindre vêtement.
Étourdie, sans même savoir où elle est
pendant quelques instants. Elle rejette ses cheveux en arrière.
S'assied sur la cuvette, les yeux fermés,
tête baissée. Jambes écartées. Il la voit
dans l'embrasure. Elle se rappelle
peut-être ce qui s'est passé ce matin.
Car après un temps, elle ouvre un œil et le regarde.
Et sourit tendrement.

(Raymond Carver, "La vitesse foudroyante du passé")

(merci Julie H)

12 février 2011

ABDS / extrait 4

Michel. Toi aussi, dis moi quelque chose de gentil.

Patricia. Mais, moi aussi, je ne sais pas.

Michel. Si tu étais avec un autre type, tu le laisserais te caresser.

Patricia. Tu sais, tu disais que j'avais peur, Michel... C'est vrai : j'ai peur parce que je voudrais que tu m'aimes... et puis je ne sais pas, en même temps je voudrais que tu m'aimes plus... Je suis très indépendante , tu sais !

Michel. Et alors ?... Moi je t'aime et pas comme tu crois.

Patricia. Comment ?

Michel. Pas comme tu crois.

Patricia. Tu ne sais pas ce que je crois.

Michel. Si.

Patricia. Tu ne sais pas à quoi je pense.

Michel. Si.

Patricia. Non. C'est impossible. Je voudrais savoir ce qu'il y a derrière ton visage.

Patricia. Je le regarde depuis dix minutes et je ne sais rien..., rien..., rien. Je ne suis pas triste, mais j'ai peur.

Michel. Gentille et douce Patricia !

Patricia. Oh !... non...

Michel. Donc..., alors cruelle, idiote et sans cœur !

Michel. ... Lamentable, lâche, méprisable !...

Patricia. Oui..., oui.

12 février 2011

Divine comédie

"Si j'ai bien compris, il semble que vous voyiez dans l'avenir ce que le temps nous apporte mais que pour le présent il n'en soit pas de même. Nous voyons, dit-il, comme ceux qui ont la vue mauvaise, les sont qui sont éloignées de nous... Quand elles s'approchent ou s'accomplissent, vaine devient toute notre intelligence. Aussi tu peux comprendre que notre connaissance disparaîtra complètement, dès l'instant où sera fermée la porte de l'avenir."

(Dante, "La Divine Comédie")

10 février 2011

ABDS / extrait 3

Patricia. Michel ?

Michel. Quoi ?

Patricia. Dis moi quelque chose de gentil.

Michel. Quoi ?

Patricia. Je ne sais pas.

Michel. Alors moi non plus.

Patricia. Je l'aime bien ton cendrier.

Michel. C'est une B.M. 6... Mon grand-père avait une Rolls. Formidable comme voiture !... On a jamais soulevé le capot pendant quinze ans.

Patricia. Tu as vu ma nouvelle affiche ?

Michel. Patricia, arrive ici.

Patricia. No.

Michel. Mais si, nom de Dieu, quoi !

Patricia. Ici, ça ne va pas du tout... Où est ce que je peux la mettre ?

Michel. Pourquoi tu m'as donné une claque quand j'ai regardé tes jambes ?

Patricia. Ce n'étaient pas mes jambes !

Michel. C'est exactement pareil.

Patricia. Les français disent toujours que les choses sont pareilles quand elles ne le sont pas du tou.

Michel. J'ai trouvé quelque chose de gentil, Patricia.

Patricia. Quoi ?

Michel. Je voudrais recoucher avec toi parce que tu es belle.

Patricia. Non, je ne suis pas !

Michel. Alors parce que tu es laide !

Patricia. C'est pareil.

Michel. Oui, ma petite fille, c'est pareil.

Patricia. Tu es un menteur, Michel.

Michel. ça serait idiot de mentir. C'est comme au poker, autant dire la vérité. Les autres croient que tu bluffes..., et comme ça tu gagnes. Qu'est ce qu'il y a ?

Patricia. Je vous regarde jusqu'à ce que vous me regardiez plus.

Michel. Moi aussi.

10 février 2011

ABDS / extrait 2

Patricia. (...) Pourquoi tu es venu, ici, Michel ?

Michel. Moi ?... Parce que j'ai envie de recoucher avec toi.

Patricia. Ce n'est pas une raison, je trouve.

Michel. Évidemment si. Ça veut dire que je t'aime.

Patricia. Et moi !... Je ne sais pas encore si je t'aime.

Michel. Tu le sauras quand ?

Patricia. Bientôt.

Michel. Ça  veut dire quoi : bientôt ? ... Dans un mois, dans un an ?

Patricia. Bientôt, ça veut dire bientôt !

Michel. Les femmes ne veulent jamais faire en huit secondes ce qu'elles veulent bien faire huit jour après. Ça revient au même huit secondes... ou huit jours... ou alors pourquoi pas huit siècles ?

Patricia. Non, huit jours, c'est bien !

Michel. Oui, non, ... Les femmes c'est toujours les demi-mesures. Moi, ça me détruit le moral... Pourquoi tu ne veux pas recoucher avec moi ?

Patricia. Parce que je voudrais savoir... Il y a quelque chose chez vous que j'aime, mais je ne sais pas quoi. Je voudrais qu'on soit Roméo et Juliette.

Michel. Oh !... là, là...

Michel. C'est bien des idées de fille, ça !...

Patricia. Tu vois, tu disais hier soir, dans la voiture, que tu ne pouvais pas te passer de moi. Tu peux très bien. Roméo pouvait pas se passer de Juliette, mais toi tu le peux.

Michel. Non, je ne peux pas me passer de toi.

Patricia. Oh !... là, là... ça c'est bien des idées de garçons !

Michel. Souris-moi.

Michel. Bon, je compte jusqu'à 8. Si, à 8, tu ne m'as pas souri, je t'étrangle.

Michel. 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7..., 7 1/2..., 7 3/4... Tu es tellement lâche que je parie que tu vas sourire.

(Elle pouffe)

10 février 2011

ABDS / extrait 1

Un temps. Ils marchent en silence face à nous.

Patricia. Vous êtes fâché que j'ai parti sans dire au revoir.

Michel. Non..., mais j'étais furieux parce que j'étais triste.

Michel. C'est agréable..., pas de s'endormir, mais de se réveiller à côté d'une fille.

Patricia. Vous allez rester à Paris ?

Michel. Oui. Faut que je vois un type qui me doit de l'argent... Après il faut que je te vois, toi.

Patricia. Non, il faut pas.

Michel. Pourquoi ?

Patricia. Il y a beaucoup des filles à Paris, plus jolies que moi.

Michel. Non !... C'est drôle !... J'ai couché avec deux filles, depuis qu'on s'est vu. Eh bien..., ça gazait absolument pas.

Patricia. Gazait !... Qu'est-ce que c'est ?

Michel. Elles étaient très jolies, mais ça gazait pas..., ça marchait pas... Je ne sais pas..., c'était triste !... Alors, tu veux venir à Rome ? Moi j'en ai marre de la France.

Patricia. Mais je ne peux pas, Michel. Je dois m'inscrire à la Sorbonne. Autrement, mes parents m'envoieraient plus d'argent.

Michel. Je t'en donnerai.

Patricia. Mais on a passé que trois nuits ensemble.

Michel. Non, cinq !... Pourquoi ne mets-tu jamais de soutien-gorge ?

Patricia. Écoute !... Parle pas comme ça !

Michel. Bon, je m'excuse... Il est quelle heure ?... On se revoit tout à l'heure ?

Patricia. Non..., pas tout à l'heure. Ce soir... oui ?

Michel. Yes..., où ça ?

Patricia. Oh !... ici...

10 février 2011

Sometimes I wonder if the world's so small, That we can never get away from the sprawl

They heard me singing and they told me to stop,
Quit these pretentious things and just punch the clock,
These days, my life, I feel it has no purpose,
But late at night the feelings swim to the surface.
Cause on the surface the city lights shine,
They're calling at me, "come and find your kind."

Sometimes I wonder if the world's so small,
That we can never get away from the sprawl,
Living in the sprawl,
Dead shopping malls rise like mountains beyond mountains,
And there's no end in sight,
I need the darkness someone please cut the lights.

We rode our bikes to the nearest park,
Sat under the swings, we kissed in the dark,
We shield our eyes from the police lights,
We run away, but we don't know why,
And like a mirror these city lights shine,
They're screaming at us, "we don't need your kind."

Sometimes I wonder if the world's so small,
That we can never get away from the sprawl,
Living in the sprawl,
Dead shopping malls rise like mountains beyond mountains,
And there's no end in sight,
I need the darkness someone please cut the lights.

They heard me singing and they told me to stop,
Quit these pretentious things and just punch the clock.

Sometimes I wonder if the world's so small,
Can we ever get away from the sprawl?
Living in the sprawl,
Dead shopping malls rise like mountains beyond mountains,
And there's no end in sight,
I need the darkness someone please cut the lights. 

(Arcade Fire, "Sprawl II, Mountains Beyond Mountains")

5 février 2011

la vie / la photographie

"Je me souviens d'une nuit où la neige était tombée. Au matin, au réveil, j'ai fais ce que je n'avais jamais fait, poussée par je ne sais qu'elle nécessité, j'ai photographié les hortensias du jardin, ensevelis. Ce n'était plus moi mais la vie qui racontait son histoire. D'une pression de l'index sur le déclencheur, dans un clin d'oeil et dans une fraction de seconde je la faisais mienne. C'est alors que tout à commencer. J'ai photographié pour moi, alors qu'avant il me fallait être demandée pour oser."

(Sarah Moon)

5 février 2011

Moi, toi, et tous les autres.

Jeunes
Gens
Jeans
Tee shirts
Baskets

Attentes
Réserves
Désirs
Remords

Se lâcher
ou pas
Oser
ou pas
S'exciter
Se sentir
Se souvenir

La musique qui donne corps
Le rythme à adopter
L'autre que l'on évite
L'autre que l'on imite
Celui que l'on devient

Nous, elle, il, moi
Moi, toi, et tous les autres.

(EG. Notes sur "Publique" de Mathilde Monnier, octobre 2004)

1 février 2011

In the white of the snow and in the quiet of nature.

I think I'd rather wait for the winter to come
I never make a move when I'm out in the sun
I'll be ready to forgive your foolish mistake
When the water gets cold and freezes on the lake

I need a good night of sleep and I need a little more time
I need to sleep for a few months before I make up my mind
I'll be up early in the morning and wide awake
When the water gets cold and freezes on the lake

I've seen your face in a dream, I've heard your name in a vision
I give myself a season before I make a decision
My nails will be steady, my hands won't shake
When the water gets cold and freezes on the lake

There's a lot of things I'm doing I've never thought I could do
There's a lot a places in the world that I will never get to without you
Right now I need to stay home
And I don't need your company
Right now I need to be alone
And I need you to stay away from me

I love the smell of your hair, and the blue of your eyes
But you're far too complicated an you tell a lot of lies
I'll see what's right and what's wrong, I'll see what's true and what's fake
When the water gets cold and freezes on the lake

And then I'll send out invitation to my family and friends
They will come all the way from Sweden, they will come all the way from France
My brother will bless the wine, and my sister will bake a cake
When the water gets cold and freezes on the lake

Then when the time is right, and when I think I understand
When I forget that you've run away, that you've been with another man
You'll come to me crawling as fast as a snake
When the water gets cold and freezes on the lake

There's a lot of things I'm doing I've never thought I could do
There's a lot a places in the world that I will never get to without you
Right now I need to stay home
And I don't need your company
Right now I need to be alone
And I need you to stay away from me

Come on Brother

And then in the white of the snow and in the quiet of nature
I will ask you to stay with me, no matter the temperature
And I hope you'll say yes, and won't try to escape
When the water gets cold and freezes on the lake

(Herman Dune, "When the water gets cold and freezes on the lake")

1 février 2011

absence

"Après une longue absence, il proposa des retrouvailles au Petit Keller. Je préférais m'appuyer contre un mur sur le trottoir d'en face plutôt que de pousser la porte et dire j'attends quelqu'un. Il me semblait qu'on pouvait lire sur mon visage IL NE VA PAS VENIR. Le garde-fou de la fenêtre au rez-de-chaussée me sciait les omoplates et il n'y avait qu'un mince rebord en pierre glacée pour s'installer. J'ai traversé la rue une fois ou deux pour vérifier encore de l'extérieur. Au bout d'un temps, je suis allée interroger mon répondeur d'un téléphone à carte : il me disait j'attends au restaurant. Je suis revenue immédiatement mais il n'était déjà plus là. Je suis rentrée, j'ai demandé, mais le barman m'a dit IL EST DÉJÀ PARTI."

(Valérie Mréjen, L'Agrume)

30 janvier 2011

Le cinéma

"Ce n'est pas vraiment une sortie, le cinéma. On est à peine avec les autres. Ce qui compte, c'est cette espèce de flottement ouaté que l'on éprouve en entrant dans la salle. Le film n'est pas commencé ; une lumière d'aquarium tamise les conversations feutrées. Tout est bombé, velouté, assourdi. La moquette sous les pieds, on dévale avec une fausse aisance vers un rang de fauteuils vide. On ne peut pas dire qu'on s'assoie, ni même qu'on se carre dans son siège. Il faut apprivoiser ce volume rebondi, mi-comptact, mi-moelleux. On se love à petits coups voluptueux. En même temps, le parallélisme, l'orientation vers l'écran mêlent l'adhésion collective au plaisir égoïste.
Le partage s'arrête là, ou presque. Que saura-t-on de ce géant désinvolte qui lit encore son journal, trois rangs devant ? Quelques rires peut-être, aux moments où l'on n'aura pas ri - ou pire encore : quelques silences aux moments où l'on aura ri soi-même. Au cinéma, on ne se découvre pas. On sort pour se cacher, pour se blotti, pour s'enfoncer. On est au fond de la piscine, et dans le bleu tout peut venir de cette fausse scène sans profondeur, abolie par l'écran. Aucune odeur, aucun coulis de vent dans cette salle penchée vers une attente plate, abstraite, dans ce volume conçu pour déifier une surface.
L'obscurité se fait, l'autel s'allume. On va flotter, poisson de l'air, oiseau de l'eau. Le cors va s'engourdir, et l'on devient campagne anglaise, avenue de New York ou pluie de Brest. On est la vie, la mort, l'amour, la guerre, noyé dans l'entonnoir d'un pinceau de lumière où la poussière danse. Quand le mot fin s'inscrit, on reste prostré, en apnée. Puis la lumière insupportable se rallume. Il faut se déplier alors dans le coton, et s'ébrouer vers la sortie en somnambule. Surtout ne pas laisser tomber tout de suite les mots qui vont casser, juger, noter. Sur la moquette vertigineuse, attendre patiemment que le géant au journal soit passé devant. Cosmonaute pataud, garder quelques secondes cette étrange apesanteur."

(Philippe Delerm, "La cinéma", dans "La première gorgée de bière - et autres plaisirs minuscules")

30 janvier 2011

La Fleur aux dents

J'ai dépensé ma jeunesse comme une poignée de monnaie
J'ai fait un peu de tout, un peu partout, sans savoir rien faire
La fleur aux dents, c'était tout ce que j'avais
Mais je savais bien que toutes les femmes du monde m'attendaient

Il y a des filles dont on rêve
Et celles avec qui l'on dort
Il y a des filles qu'on regrette
Et celles qui laissent des remords
Il y a des filles que l'on aime
Et celles qu'on aurait pu aimer
Puis un jour il y a la femme
Qu'on attendait

J'ai connu des lits de camp bien plus doux qu'un oreiller
Et des festins de roi sur le zinc d'un buffet de gare
J'ai connu bien des gens, je les ai tous bien aimés
Mais dans leur visages au fond je n'ai rien fait que te chercher

Il y a des filles dont on rêve
Et celles avec qui l'on dort
Il y a des filles qu'on regrette
Et celles qui laissent des remords
Il y a des filles que l'on aime
Et celles qu'on aurait pu aimer
Puis un jour il y a la femme
Qu'on attendait

(Vincent Delerm, "La Fleur aux dents")

28 janvier 2011

Put me in your blue skies

Put me in your suitcase
Let me help you pack
'Cause you're never coming back
No, you're never coming back

Cook me in your breakfast
And put me on your plate
'Cause you know I taste great
Yeah, you know I taste great

At the hop, it's greaseball heaven
With candy pants and Archie too

Put me in your dry dream
Or put me in your wet
If you haven't yet
No, if you haven't yet

Light me with your candle
And watch the flames grow high
No, it doesn't have to try
It doesn't have to try

Well, I won't stop all of my pretending
That you'll come home
You'll be coming home someday soon

Put me in your blue skies
Or put me in your grey
There's gotta be some way
There's gotta be some way

Put me in your tongue tie
Make it hard to say
That you ain't gonna stay
That you ain't gonna stay

Wrap me in your marrow
Stuff me in your bones
Sing a mending moan
A song to bring you home

(Devendra Banhart, "At The Hop")

28 janvier 2011

Donner aux gens de l'espace

"Une plainte d'amour. Se souvenir, se mouvoir, se toucher. Adopter des attitudes. Se dévêtir, se faire face, déraper sur le corps de l'Autre. Chercher ce qui est perdu, la proximité. ...Ne savoir que faire pour se plaire. Courir vers les murs, s'y jeter, s'y heurter. S'effondrer et se relever. Reproduire ce qu'on a vu. S'en tenir à des modèles. Vouloir devenir un. Etre dépris. S'enlacer. He is gone. Avec les yeux fermés. Aller l'un vers l'autre. Se sentir. Danser. Vouloir blesser. Protéger. Mettre de côté les obstacles. Donner aux gens de l'espace. Aimer."

(Raimund Hoghe, "Café Müller" - Associations d'idées, dans le livre "Pina Bausch, Histoires du théâtre dansé")

27 janvier 2011

chambre noire

Hanter quelques manoirs
(inévitablement)

Ne pas avoir peur du noir
(naïvement)

Épouser ses espoirs
(amoureusement)

Ecouter sa mémoire
Il est temps
(jamais trop tard)

Vouloir

(tant et tant)

Voir
et
Savoir

(à chaque instant)

Se raconter des histoires

(soient-elles illusoires)
(soient-elles contradictoires)

Inviter ses pensées au laboratoire
et laisser (agrandisseur, révélateur et fixateur) agir dans la chambre noire.

(EG)

26 janvier 2011

OSEZ

"A l'arrière des berlines
On devine
Des monarques et leurs figurines
Juste une paire de demi-dieux
Livrés à eux
Ils font des p'tits
Il font des envieux

A l'arrière des dauphines
Je suis le roi des scélérats
A qui sourit la vie

Marcher sur l'eau
Eviter les péages
Jamais souffrir
Juste faire hennir
Les chevaux du plaisir

Osez osez Joséphine
Osez osez Joséphine
Plus rien n's'oppose à la nuit
Rien ne justifie

Usez vos souliers
Usez l'usurier
Soyez ma muse
Et que ne durent que les moments doux
Durent que les moments doux
Et que ne doux

Osez osez Joséphine
Osez osez Joséphine
Plsu rien n's'oppose à la nuit
Rien ne justifie

Osez osez
Osez osez
Osez osez Joséphine
Osez osez Joséphine
Plus rien n's'oppose à la nuit
Rien ne justifie

A l'arrière des berlines
On devine
Des monarques et leurs figurines
Juste une paire de demi-dieux
Livrés à eux
Ils font des p'tits
Il font des envieux

A l'arrière des dauphines
Je suis le roi des scélérats
A qui sourit la vie

Marcher sur l'eau
Eviter les péages
Jamais souffrir
Juste faire hennir
Les chevaux du plaisir

Osez osez Joséphine
Osez osez Joséphine
Plus rien n's'oppose à la nuit
Rien ne justifie

Usez vos souliers
Usez l'usurier
Soyez ma muse
Et que ne durent que les moments doux
Durent que les moments doux
Et que ne doux

Osez osez Joséphine
Osez osez Joséphine
Plsu rien n's'oppose à la nuit
Rien ne justifie

Osez osez
Osez osez
Osez osez Joséphine
Osez osez Joséphine
Plus rien n's'oppose à la nuit
Rien ne justifie"

(Alain Bashung, Osez Joséphine)

26 janvier 2011

Jeanne

"Elle avait des bagues à chaque doigt,
Des tas de bracelets autour des poignets,
Et puis elle chantait avec une voix
Qui sitôt m'enjôla

Elle avait des yeux, des yeux d'opale
Qui me fascinaient, qui me fascinaient,
Y avait l'ovale de son visage pâle
De femme fatale qui me fut fatal
De femme fatale qui me fut fatal

On s'est connus, on s'est reconnus,
On s'est perdus de vue, on s'est reperdus de vue
On s'est retrouvés, on s'est réchauffés
Puis on s'est séparés

Chacun pour soi est reparti
Dans le tourbillon de la vie
Je l'ai revue un soir, aïe, aïe, aïe !
Ça fait déjà un fameux bail
Ça fait déjà un fameux bail

Au son des banjos, je l'ai reconnu
Ce curieux sourire qui m'avait tant plu
Sa voix si fatale, son beau visage pâle
M'émurent plus que jamais

Je me suis soûlé en l'écoutant
L'alcool fait oublier le temps
Je me suis réveillé en sentant
Des baisers sur mon front brûlant
Des baisers sur mon front brûlant

On s'est connus, on s'est reconnus,
On s'est perdus de vue, on s'est reperdus de vue,
On s'est retrouvés, on s'est séparés
Puis on s'est réchauffés

Chacun pour soi est reparti
Dans le tourbillon de la vie
Je l'ai revue un soir ah la la
Elle est retombée dans mes bras
Elle est retombée dans mes bras

Quand on s'est connus,
Quand on s'est reconnus,
Pourquoi se perdre de vue,
Se reperdre de vue ?
Quand on s'est retrouvés,
Quand on s'est réchauffés,
Pourquoi se séparer ?

Alors tous deux, on est repartis
Dans le tourbillon de la vie
On a continué à tourner
Tous les deux enlacés
Tous les deux enlacés
Tous les deux enlacés"

("Le Tourbillon de la vie", chanté par Jeanne Moreau dans "Jules et Jim" de François Truffant)

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